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09Junio
2006
09 |
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Jose Maria Muñoa (Corsica)

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Junio 09 | 2006 |
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Corsica


Muñoa: "La violence ne peut mener nulle part"
Jose Maria Munoa est le Porte-parole du gouvernement basque pour les relations extérieures. au coeur des négociations avec ETA. Le modèle d"Euskadi est-il exportable en Corse ? Discours et méthode...

Après l"annonce du cessez-le-feu d"ETA, le Pays basque va-t-il enfin trouver une paix durable ?
D"abord, nous avons accompli le premier pas, un grand pas... Et on dit qu"il n"y a que le premier pas qui coûte ! Nous avons tellement envie de voir la paix, on y croit vraiment. En dehors de ça, il y a des arguments très objectifs qui nous disent que c"est possible, que nous tenons la paix par le bon bout.

Lesquels ?
Aujourd"hui, à part le parti populaire, on peut dire que toutes les formations politiques jouent le jeu. D"une part le gouvernement de Madrid, derrière Zapatero, est très impliqué depuis deux ans. Dès son arrivée au pouvoir, le processus a commencé... Ensuite, le principal parti espagnol, le PSOE est également impliqué à travers les relations qu"ils ont avec Batasuna depuis des années. Enfin, le PNV, le principal parti nationaliste basque s"est engagé très fortement. Pas directement, mais en préparant le terrain pour que ces négociations puissent voir le jour.

S"impliquer n"est pas tout...
Oui, et c"est le deuxième argument objectif : les proches d"ETA et de Batasuna ne voient pas d"issue à la lutte armée. Malheureusement, ils s"en sont rendu compte très tard. Toutefois, le fait est là : non seulement il ne pouvait pas y avoir d"issue à la violence, mais selon moi, le plus grand obstacle aux avancées nationalistes du pays basque a été l"ETA. C"est ce qui nous a empêchés d"avancer dans la revendication au-delà du statut d"autonomie que nous avons.

Pensez-vous que c"est aussi le cas ailleurs, particulièrement en Corse : une violence qui freine les avancées ?
Personnellement, je pense que la violence ne peut mener nulle part, ni à court terme et encore moins à long terme. Chez nous, la violence a surtout apporté la destruction, la souffrance, des drames personnels et collectifs avec des familles décimées, d"autres qui ont dû partir. Au-delà de ça, l"économie a énormément souffert de la violence d"ETA.

Existe-t-il une méthode de négociations dont la Corse puisse s"inspirer ?
Il est très difficile de donner un conseil quand on est hors de chez soi, on n"a jamais l"ensemble des données du dossier. Mais il existe un conseil universel : ne jamais accepter la violence. Ca vaut pour tout le monde : la société civile, l"Etat, les institutions, les parties en présence... La violence constitue toujours un pas en arrière dans la recherche d"une solution. En revanche, ce qui est absolument nécessaire, c"est remonter aux sources, aux causes mêmes qui ont entraîné l"usage de la violence. Ces causes-là ne justifieront jamais son existence, mais encore faut-il savoir comment et pourquoi cette violence est née. Comment régler un conflit politique ? Par le dialogue. C"est la base de toute solution.

Mais une base difficile à mettre en oeuvre...
Oui, il faut que toutes les parties acceptent le principe et soient elles-mêmes acceptées. En plus de ça, il faut que le dialogue soit vrai, qu"il ne s"agisse pas d"un monologue ou d"une volonté d"imposer ses vues à l"autre. Pour cela, il est absolument indispensable d"être à l"écoute. Ensuite, il faut accepter que le pacte qui naîtra de cet échange ne sera jamais égal à 100 % de ce que veut une partie et 100 % de ce que souhaite l"autre, qu"il ne fera jamais le bonheur parfait de personne, mais sera simplement acceptable pour tout le monde.

Comment y parvenir ?
Il faut évidemment respecter le fait majoritaire. Mais j"insiste : les majorités ne sont pas suffisantes dans la résolution d"un conflit. Il faut donc tenter, aussi, d"intégrer les positions minoritaires, ce qui n"est jamais facile. Le plus important ? C"est de toujours continuer à discuter. Et si on ne parvient pas à un accord, on continue encore...

Comment se pose le problème de la reconversion des futurs ex-terroristes d"ETA ?
C"est une des questions qui ont dû être abordées et c"est en effet un sujet capital. Là encore, pas de mystère : il faut que ces personnes soient réinsérées dans la société, y trouvent leur place et pour cela, il faudra énormément de générosité de la part de la société et de l"ensemble des institutions. En même temps, il faut déployer une plus grande générosité encore à l"égard des victimes. Plus de 800 assassinats ont été commis, sans compter les victimes qui ont dû quitter le pays, les entreprises... Elles doivent recevoir une attention toute particulière de la part de la société. Ce n"est que le jour où ces victimes seront moins meurtries que nous devrons être généreux avec les membres de l"ETA. Si on ne traite pas les victimes comme elles doivent l"être, un meilleur traitement envers ETA risquerait de les blesser encore davantage.

Le chemin est encore long vers un règlement définitif de la question basque ?
Encore une fois, la solution qui devra arriver est intégrale : elle ne doit pas simplement prendre en compte les prisonniers ou la dimension purement politique du problème. Il faut s"occuper de tout en même temps. Cela nécessite beaucoup de tolérance, de générosité, de loyauté des uns envers les autres et, tout compte fait, de bon sens...

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