Iritzia
15Maiatza
2007
15 |
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Manœuvres en Pays basque

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Maiatza 15 | 2007 |
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Les dernières semaines ont été pour le moins « remuantes » dans la gauche et l’extrême gauche basque. AB et EA ont si radicalement changé de position que ces deux partis se sont retrouvés aujourd’hui à l’inverse de leur idée première ! De belles manœuvres en vérité !
Pathétique chant du cygne.

Tout d’abord, EA qui milite depuis sa création pour un Pays basque indépendant mais non-violent et qui d’un coup de baguette diabolique abandonne en rase campagne son exigence de morale et d’éthique dans la vie politique : Pour EA, il semble désormais secondaire de condamner la violence d’ETA ! Il leur suffit de croire, pas de savoir, de croire qu’ETA finira par disparaître pour ne plus s’opposer à eux. Attitude regrettable s’il en est, car en politique on ne joue avec les principes aussi facilement et aussi légèrement. Le malaise qu’a provoqué l’engagement d’EA dans la liste de Batasuna a largement dépassé Iparralde et ne s’arrêtera pas aux élections législatives, surtout s’ils accusent EAJ-PNB d’être sur la même longueur d’ordre que la droite espagnole.

AB aux abois

Pour AB, là on reste sans voix devant ce changement de voie : depuis la fin 2001, AB avait expulsé Batasuna du parti et leurs relations s’étaient envenimées à tel point que leur haine primait sur tout débat politique. Mais l’histoire s’est stoppée net. Les frère ennemis le sont restés mais cohabitent à nouveau. Sans que Batasuna n’accepte les demandes d’AB sur le sud et la violence. 

Et le tout en deux temps. Premièrement, il y a quelques mois, AB annonce qu’il ne partira aux élections qu’avec l’ensemble des partis basques ou seuls. Et finalement, AB décide de ne partir en coalition qu’avec Batasuna et EA. Oubliée la promesse de partir à ou à 1, ils partirons à 3. On peut imaginer le niveau de confiance avec de tels partenaires que fait naître la confusion dans ce mouvement !

OPA de Batasuna sur la gauche basque

Mais il est nécessaire de regarder aussi, de plus près, le troisième larron de cette folle équipée : Batasuna. Batasuna n’est pas un parti comme les autres. Batasuna est un parti qui défend depuis 25 ans un combat qui détourne le peuple basque plutôt qu’il ne le rassemble : 95 % des Basques sont aujourd’hui opposés à la violence d’ETA pour obtenir la souveraineté du pays. Batasuna est d’après les études isolée politiquement et de ce fait joue la carte du victimisme, de l’opprimé, pour enrayer sa chute. 

Le victimisme : tandis que les députés de Batasuna de la Communauté autonome empêchaient, par leur vote commun avec le PP et le PSOE, le Parlement basque de déposer un recours au Tribunal Constitutionnel contre la loi sur les partis qui les interdit, les dirigeants de la même Batasuna criaient au loup et appelaient au secours dans les rues… 

L’isolement : Batasuna a été écarté de l’alliance Nafarroa Bai en Navarre parce que Batasuna ne s’écarte pas de la violence. Le parti radical a donc misé sur l’ultime territoire, Iparralde. Et c’est paradoxalement un Batasuna terriblement affaibli en Hegoalde qui a emporté le morceau en Iparralde face à un AB paralysé et tremblant de peur ! Quelle ironie du sort et quel tournant dans l’abertzalisme de gauche ici.

Il y a désormais, en conclusion provisoire, deux camps basques : l’un représenté par EAJ-PNB pacifique, européiste avec un message national clair et ouvert et l’autre camp, autour de Batasuna, qui n’exige toujours rien à ETA, qui s’oppose de fait à l’Europe et qui fait d’Iparralde sa dernière place forte. Jusqu’à quand ?

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