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L’indispensable gauche abertzale

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Urtarrila 23 | 2007 |
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ETA est-il devenu l’obstacle majeur de la gauche abertzale? On a cru un moment que, au-delà du trouble dans lequel l’attentat du 30 décembre à Madrid avait plongé l’ensemble du camp basque, Batasuna aurait songé prendre ses distances avec l’organisation armée. Hélas, son communiqué du 8 janvier n’interpellait pas ETA mais donnait le ton à celui, deux jours plus tard, des clandestins réaffirmant «les objectifs du 22 mars».
Loin d’avoir dissipé le brouillard politique ambiant, nous voilà revenus à l’ambiguïté du départ car chacun s’accorde à ne trouver aucune proposition concrète, aucun calendrier au texte du 24 mars. De fait, ETA rompt aujourd’hui non seulement la trêve qu’il avait pourtant déclarée permanente, mais rompt tout autant le schéma proposé par Batasuna en novembre 2004 à Anoeta. Il met bas la judicieuse répartition des rôles entre le politique et le militaire, les fameuses deux tables de négociations, en décidant d’assumer à lui seul les deux fonctions. On aurait pu légitimement espérer qu’ETA laissait aux partis politiques et mouvements sociaux le soin de faire émerger les droits nationaux du peuple basque et, par ce biais, confier à Batasuna le rôle démocratique de vigie de cette finalité. Il devait couvrir, lui, dans un tête-à-tête avec Zapatero, le volet militaire incluant le sort des preso et des exilés. Rien de tout cela dans les explications d’après-attentat de Madrid. Au contraire, ETA se réapproprie l’ensemble du champ de la négociation. Son attentat meurtrier ne serait pas une réponse à l’immobilisme espagnol et au durcissement de la répression. Non, ETA demeure sur le terrain exclusivement politique et institutionnel reprochant au gouvernement espagnol et au PSOE: «Au lieu de se mettre d’accord sur un nouveau cadre juridico-politique qui permette de dépasser le conflit et qui reconnaisse les droits d’Euskal Herria, (ils) imposent les limites de la légalité et de la Constitution espagnole». Et que dire de l’absence totale, dans son communiqué, d’évocation du gouvernement français réduisant de fait la nouvelle conjoncture à un non-dialogue basco-espagnol. A tout ceci s’ajoute la perte de crédibilité d’une organisation clandestine qui porta, durant des décennies de sacrifices, l’espoir de liberté d’un peuple. La trêve est maintenue, dit malgré tout ETA après l’attentat du 30 décembre alors qu’il avertit dans le même temps qu’un nouvel attentat peut intervenir à tout moment: «tant que la situation actuelle d’agression contre Euskal Herria se maintient, ETA aura toute la détermination pour répondre».
Comment, après cela, la gauche abertzale peut-elle encore rebondir si elle ne se démarque pas clairement de cette tutelle qui politiquement la met hors-jeu? Conforté par une réprobation générale et une mobilisation de l’opinion publique, Madrid a beau jeu de marginaliser encore davantage Batasuna et sa mouvance sociale en les excluant, dès ce printemps, des élections municipales et provinciales. La gauche abertzale démocratique ne peut accepter ce champ de ruines. Elle ne peut se résoudre à son absence du débat public et électoral. Si un pan de la société basque se trouve ainsi exclu, c’est toute la société basque qui est déséquilibrée, infirme. Le temps est venu d’une remise en question de l’existence d’ETA. Batasuna, libéré de la condamnation d’une lutte armée qui n’aurait plus sa raison d’être, doit pouvoir jouer en Euskal Herria le rôle du Sinn Fein en Irlande. Il lui revient de mener par les voies démocratiques la négociation avec Madrid et le dialogue avec les autres forces basques sur le sort des preso et la mise en œuvre de l’autodétermination. Accepter cette substitution des rôles serait l’ultime acte patriotique d’ETA.

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