Iritzia
01Abendua
2005
01 |
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L’identité basque

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Abendua 01 | 2005 |
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Erramun Bachoc

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Le Journal du Pays Basque


Être basque, c’est quoi ? L’enquête "Pratiques culturelles et identité basque" (2005) essaie de répondre à cette question fondamentale s’il en est. L’initiative, partie du programme Batekmila de l’Institut culturel basque, a été adoptée par le Cabinet de prospection sociologique du Gouvernement basque, le Fonds commun Aquitaine-Euskadi, Eusko Ikaskuntza. C’est dire l’intérêt que suscite une telle recherche.
Mais au fait, pourquoi se poser une telle question ? Certains y verront un complexe de peuple a Eusko Ikaskuntza, aliéné. En effet, la question se pose-t-elle : "Qu’est-ce qu’être français ? Qu’est-ce qu’être espagnol ?". Encore que. Aurait-on déjà oublié les argumentations en faveur du "non" à la Constitution européenne ? Alors qu’une certaine droite prenait la défense de la nation française, une partie de la gauche prônait "le modèle français". Modèle que la droite actuelle considère comme "déjà mort", suite aux événements des banlieues. Partout on s’interroge âprement sur des concepts tels que l’identité, la communauté, l’intégration, la nation, l’Europe et, bien sûr, le modèle français ou anglo-saxon.
 
Notre questionnement est donc légitime. Cela dit, l’objectif de l’enquête "Culture et identité" se situe au niveau des perceptions individuelles et collectives. Plus de 4000 personnes ont été interrogées sur leurs idées et leurs comportements concernant le territoire, l’identité, la langue, la culture, le sport et la vie associative. Toutes les données obtenues à l’aide d’un questionnaire de 56 items ont été croisées selon les paramètres de lieu d’habitation, d’âge, de formation, de compétence linguistique et de sentiment identitaire. Cette méthode quantitative a été complétée par une recherche qualitative sous forme d’entretiens semi-directifs. Analyses et synthèses sont en cours de rédaction quadrilingue (!), mais un résumé bilingue concernant Iparralde est déjà disponible à l’ICB ­ EKE.
 
Au départ il nous fallait une définition de l’identité basque. Quoi de mieux que de la demander aux personnes enquêtées : "Selon vous, quelles sont les deux conditions les plus importantes pour que quelqu’un se considère basque ?" Dix réponses étaient suggérées : la naissance, la langue, les ancêtres, le lieu de vie, la volonté, le militantisme, le nom, la culture, le sport et "autre condition".
 
Les groupes de réponses diffèrent de manière significative d’un territoire à l’autre. En Iparralde la condition largement majoritaire est le fait "d’être né(e) au Pays Basque" pour 29%. Plus loin vient la langue basque (22%), puis "avoir des ancêtres basques" (17%). En Navarre et dans la Communauté autonome basque (CAB) trois conditions constituent le profil basque : "vouloir être basque", "vivre et travailler au Pays Basque" et le lieu de naissance, les trois ex-æquo en Navarre (24%), avec une nette préférence pour l’attitude volontariste (28%) dans la CAB.
 
Nous sommes là face à deux notions très différentes de l’identité collective. En Iparralde cette identité est considérée comme un héritage reçu à notre naissance de la part de nos parents et dont la caractéristique la plus visible est la langue basque. C’est une vision plutôt traditionnelle et ethnique d’un pays considéré comme une grande famille. Les anthropologues parlent de "primordialisme" quand les conditions de l’identité sont considérées comme antérieures aux volontés individuelles comme le territoire, la naissance, la langue. Pour un non-natif le seul moyen de s’intégrer est d’apprendre la langue d’origine et de participer à la vie culturelle.
A l’inverse, en Hegoalde c’est le volontarisme qui prévaut. L’identité collective est un sentiment voulu par ceux qui construisent le pays par leur travail et toute leur vie. On se souvient de la définition de la nation par Ernest Renan comme "un vouloir-vivre collectif". Une telle vision favorise l’intégration, l’engagement politique et social. Les activités culturelles et linguistiques tendent à devenir des instruments de cet engagement. Mais à la limite on peut être basque sans parler basque. Les anthropologues analysent ces "stratégies identitaires".
 
Pour analyser plus finement le sentiment identitaire c’est la méthode dite "de Moreno" qui a été utilisée : "Vous sentez-vous uniquement basque, plus basque que français, etc.". Cela nous donne une typologie complexe constituée d’identités uniques (basque, français ou espagnol), d’identités doubles (basque-français, basque-espagnol) ou même triple en Navarre. Seul point commun entre le Pays Basque nord et sud, c’est que le groupe multi-identitaire est en majorité partout, autour de 45%. La grande différence entre la CAB et Iparralde c’est que le second groupe le plus important est, là-bas celui des "uniquement basques" (40%) et ici celui des "uniquement français" (36%). La Navarre présente une complexité (ou une richesse) infinie de sentiments identitaires.
 
Ceci dit, on remarque que les multi-identitaires désignent souvent une identité de référence, se sentant "plus basque que français" ou l’inverse. Cela nous donne une classification simplifiée des tendances identitaires : "plutôt basque, également basque-français, plutôt français" en Iparralde. Classification analogue en Hegoalde. Or ce tableau s’est avéré être un excellent instrument d’analyse pour comprendre la perception du territoire ou la pratique culturelle. Sans qu’il y ait toujours des correspondances strictes. Comment ce fait-il que les "basques-français" soient proportionnellement plus nombreux dans le secteur le plus bascophone de Basse-Navarre et Soule ? Identité et langue, ce pourrait être le thème d’un autre article.
 
Iparraldean gure nortasuna euskalduntasuna da. Ondorioz garrantzi handiagoa ematen diegu ikaskuntzari eta kulturgintzari, politikari baino. Hegoaldean nortasuna da gehiago herritasuna: euskaldunek eta euskotarrek herria eraikitzen dute. Gainera botere zerbait irabazi dute eta euskara ere salbatzen dute legearen bidez.

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